La plomberie & le chauffage, traités comme un métier d'art
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Planchers bois, évacuations capricieuses, moulures à préserver : dans les immeubles anciens de Versailles, la salle de bains est le chantier où tout se joue. Dossier sur les arbitrages qui font la différence entre une rénovation réussie et un sinistre à retardement.
Le parc immobilier versaillais a ceci de particulier qu'il n'a, pour l'essentiel, jamais été conçu pour la salle de bains. Dans les immeubles du XVIIIe et du XIXe siècle des quartiers Notre-Dame ou Saint-Louis, la pièce d'eau s'est installée après coup — dans une ancienne alcôve, un bout de couloir, un cabinet borgne. Résultat : des volumes atypiques, des réseaux improvisés au fil des décennies et des structures qui n'ont pas été calculées pour supporter une baignoire pleine. Rénover dans ces conditions n'est pas un chantier de catalogue ; c'est un exercice d'équilibriste entre confort moderne et respect du bâti.
Quatre chausse-trappes reviennent sur la quasi-totalité des chantiers observés :
La douche à l'italienne, plébiscitée dans neuf projets sur dix, exige une réservation de 10 à 12 cm dans l'épaisseur du sol pour loger siphon et pente. Sur une dalle béton, l'affaire est entendue ; sur un plancher bois versaillais, creuser revient à entailler les solives — ce qu'aucune règle de l'art n'autorise. L'alternative honorable existe : le receveur extra-plat posé en surélévation, rattrapé par une estrade de 8 à 12 cm ou une marche assumée. Bien dessinée, la surélévation devient un geste d'architecture plutôt qu'un pis-aller. Dans tous les cas, une étanchéité sous carrelage (système SEL ou natte) sur le sol et les parois exposées n'est pas une option : c'est elle qui protège le plancher et le plafond du voisin pour les vingt prochaines années.
Même logique pour les WC suspendus : le bâti-support autoportant, repris sur le sol et non sur la cloison, permet de les installer même devant une cloison de brique plâtrière qui ne supporterait aucune charge. Le coffrage qui l'habille offre au passage une tablette et le passage discret des réseaux.
Dans une pièce rénovée tous les vingt-cinq ans en moyenne, la mode est un mauvais conseiller. Les valeurs sûres constatées sur le terrain : la robinetterie en laiton massif — chromée, brossée ou vieillie — dont les mécanismes se réparent au lieu de se jeter ; la céramique émaillée, quasi inusable, pour les appareils sanitaires ; le terrazzo et les carreaux de grès pleine masse au sol, qui patinent sans se démoder ; les peintures glycéro ou acryliques satinées de qualité sur les boiseries. À l'inverse, les vasques en résine teintée, les robinetteries noires d'entrée de gamme et les parquets flottants « spécial pièce humide » vieillissent mal — et se voient.
Compter deux à quatre semaines de travaux effectifs pour une rénovation complète — et se méfier des calendriers qui promettent moins en site occupé.
Les fourchettes constatées dans le parc ancien versaillais s'étagent nettement. Un rafraîchissement — remplacement des appareils à l'identique, reprise des joints et de la robinetterie — se situe entre 1 700 et 4 000 €. Une rénovation complète avec redistribution légère, douche en remplacement d'une baignoire et reprise des réseaux se négocie entre 6 000 et 9 000 €. Un projet haut de gamme — matériaux nobles, WC suspendus, meuble sur mesure, modification des évacuations — atteint 13 000 €. La part de la plomberie proprement dite représente 30 à 40 % du total ; c'est aussi celle sur laquelle il ne faut jamais arbitrer à la baisse, car c'est elle qu'on ne revoit plus une fois le carrelage posé.
La leçon des chantiers réussis tient en une phrase : dans l'ancien, on ne plaque pas un modèle, on compose avec un existant. C'est plus exigeant — et c'est précisément ce qui donne à ces salles de bains un caractère que le neuf ne rattrape jamais.